Histoire de GUIGNEMICOURT
 
Extraits de MEMOIRES ET RECITS d'un petit village de MARIE-CLAUDE ZEISLER

UBI BENE, IBI PATRIA, "Là où l'on est bien, là est la patrie " Cicéron

Pourquoi tenter d'écrire l'histoire de son village alors qu'on n'y est pas né ? Pourquoi effectuer des recherches historiques quand on n'a ni la formation ni le statut d'historien ? Le projet peut paraître prétentieux si l'on songe au succès de "Montaillou, village occitan de 1294 à 1374", publié en 1975 par l'historien novateur Emmanuel Leroy Ladurie ou plus près de nous dans le temps et dans la géographie à "Ferrières au fil des ans" publié en 1987  par  Chantal de Tourtier-Bonazzi, Conservateur-en-chef aux Archives Nationales. L'histoire de GUIGNEMICOURT  répond sans doute à un intérêt croissant pour les monographies communales qui couvrent de nombreux rayons consacrés au régionalisme  dans toutes les librairies. Elle tente aussi de satisfaire au besoin de plus en plus grand de trouver des repères et des racines dans un territoire solidement et longuement constitué depuis de très nombreuses années, voire de redécouvrir une qualité de vie naturelle  au moment où la société et le village lui-même sont complètement bouleversés par de nouvelles structures  et des chantiers nouveaux.
Cette nouvelle édition, plus complète que la précédente, tente d’apporter une réponse aux nombreux points  restés dans l’ombre dans le précédent ouvrage.

MARIE-CLAUDE ZEISLER
 

GUIGNEMICOURT,
site paléolithique acheuléen ? L'instituteur Magnier, dans  la  notice géographique et historique de la commune rédigée en 1899, signale un sol ternaire et quaternaire et un cercueil en pierre trouvé par Alphonse Trancart. Jean-Pierre Henry, le troisième fils de René Henry raconte qu'il a trouvé deux bifaces au cours de ses escapades estivales en compagnie de ses cousins, lors des vacances d'été à GUIGNEMICOURT . Un biface est un outil de silex  taillé sur ses deux faces caractéristique de l'ère paléolithique acheuléenne ou abbevilienne ; rappelons qu'il existe des "trésors" paléolithiques à Cagny et à Ailly-sur-Somme . Signalons également que les premières fouilles archéologiques sur le chantier de l'autoroute ont révélé la trace de campements d'"homo erectus", de nombreux outils bifaciaux, une ferme gauloise ainsi qu'une nécropole, enfin une voie romaine.  
Beaucoup de villages du Moyen Age sont apparus entre le IXème  et le  XIIème siècle sans qu'on ait rédigé un document au moment de leur création ; ils se sont en effet le plus souvent formés lentement sans volonté certaine d'un seigneur ou des habitants des environs. Bien avant que l'orthographe actuelle de GUIGNEMICOURT ne soit fixée, on trouve une douzaine d'appellations diverses entre 1190, date de la première mention de la commune nommée GAMEGNICORT et 1736 où apparaît de façon définitive le nom de GUIGNEMICOURT . Voici la succession des noms de la commune avec la date de leur inscription et parfois le document sur lequel les noms apparaissent :

1190 GAMEGNICORT Jean de Picquigny Cartulaire du Gard
1196 GAINEMICORT Cartulaire de la cathédrale d'Amiens
1267 GAGEMICOURT Sentence de l'official d'Amiens
1349 GAINEMICOURT
1350 GAIGNEMICORT Cartulaire du Gard, même date GAGNEMICOURT
1492 GAIGNEMICOURT Archives du chapitre
1603 GUILMICOURT GANEMICOURT
1606 GEYMECOURT
1657 GUEMICOURT
1692 GUIGNAMENICOR  Carte du département à l'hôtel de Berny
1736 GUIGNEMICOURT

D'où vient ce nom et que signifie-t-il ? Il y a au moins une partie du mot intangible, c'est la syllabe finale –cort, -court, qui vient du latin "cohors" qui a donné en français "cohorte" : c'est étymologiquement la suite d'un prince, un entourage royal ; puis comme les riches Romains possédaient souvent un domaine, une "villa" à la campagne, le terme a signifié "domaine rural", "cour de ferme". Cohors s'est progressivement et phonétiquement transformé en chors, ciors, curs, curtis, qui a donné –court.

Le Comté d'Amiens ne cesse d'être envahi, pillé, brûlé par les Normands pendant une centaine d'années entre 860 et 960. Il échoit, par succession à Robert de Boves, pervers, cruel, qui est connu pour ses  exactions. Il faut attendre l'avènement du roi Philippe Auguste qui met le Comté sous séquestre et le confie à l'évêque Thibaut d'Heilly pour connaître un peu de répit, mais comme les hostilités éclatent de nouveau, le roi envahit la région ; un traité conclu à Amiens en 1184 spécifie la cession du  Comté d'Amiens au roi de France Philippe Auguste.    Or, les seigneurs de Picquigny étaient depuis le XIème siècle, vidames des évêques d'Amiens, c'est-à-dire leurs représentants temporels et avoués de l'abbaye de Corbie. La seigneurie de Picquigny était une châtellenie-baronnie dont dépendait la seigneurie de GUIGNEMICOURT.
L'Eglise alors est un monde de seigneurs et les abbayes ont reçu de très grosses parts de terres, ont des "hommes" à gouverner. L'évêque Thibaut d'Heilly, mort en 1204 , fonde l'institution des chapelains  ( Bulle de confirmation par le pape Innocent III en 1216)  ; douze chapelles se constituent en Universités. L'abbaye de Corbie est l'une des plus anciennes et des plus vénérables abbayes de Picardie, l'une des plus riches aussi- l'abbé posséda le titre de "Comte d'Amiens". Les Sires de Picquigny, vidames de l'évêque d'Amiens, en sont le bras temporel ( vidame vient du latin vice-dominus = vice-seigneur ; c'est un officier de l'évêque destiné à conduire ses troupes  et à le représenter dans les tribunaux, les armées, comme seigneur temporel pendant que le prélat est occupé à des fonctions sacrées. Il y a donc des vidames partout où il y a des évêchés). Ainsi le domaine de GUIGNEMICOURT aurait-il été offert en don à un seigneur en relation avec un vidame de Picquigny qui aurait apporté une organisation, une mise en culture, un essor demeurés jusqu'à nous. Les ordres religieux obtinrent souvent sous forme de dons ou à la suite d'achats, des terres et il convient de reconnaître l'importance de leur fonction d'encadrement. La mise en valeur de vastes terres nouvelles nées des défrichements de l'agriculture, de l'élevage réclame des travailleurs maniant la pioche  et la houe. La guerre contre la forêt prime toutes les autres : détruire la forêt –essarter, comme on disait dans le Nord de la France, couper les arbres, dessoucher, c'est un labeur épuisant dicté par une nécessité : augmenter les labours pour nourrir une population en progression. " La civilisation du Moyen Age n'est-elle pas une civilisation du bois. Songez au monde sauvage des bûcherons, aux charpentiers, aux tonneliers…et pour finir aux villes bâties entièrement de bois, chauffées au bois…" (Fernand Braudel )  La dépendance religieuse est donc incontestable  et permet de comprendre pourquoi des lieux-dits s'appellent Vallée Notre-Dame ou Croix  Bonhomme par exemple .

Dans la notice rédigée par l'instituteur Magnier en 1899, la signification de la commune est attribuée au gui, plante aimée des Gaulois, "porte chance d'où guigne, guignon ou guignes, petites cerises sauvages dans les bois" Le Courrier Picard dans son escale à GUIGNEMICOURT , (La Somme vue du ciel ) du mardi 28 novembre 2000 a repris cette hypothèse qu'il convient d'abandonner .Le gui, parasite des chênes, des hêtres et des charmes, produit des boules blanches, utilisées dans la magie des druides, comparables aux fruits de la guigne, variété de cerises. Au XIIème siècle, on a vu apparaître, à partir du latin hibiscus ( mauve) la guimauve, croisement de gui et de mauve. Il me faut dissiper des illusions peu fondées : en aucun cas, GUIGNEMICOURT n'est le pays de la cerise, ni celui de la guigne ! La guigne, la cerise vient certes de l'allemand, mais la première mention du terme est postérieure à la première appellation connue de la commune : GAMEGNICORT en  1190; en effet, la guine, de l'ancien haut allemand "wîhsila", la griotte apparaît pour la première fois en 1393; même chose pour la guigne, la malchance qui vient de "guigner", qui signifie d'abord "faire signe" puis "loucher" ( l'idée de la malchance dérive de celle qu'on attache au "mauvais œil" ! )
Le lexique du parler Picard de Robert Emrik  (1967) cite un verbe "gogner" ou "gongner"= regarder du coin de l'œil, loucher, très courant dans la Somme : dans une des lettres de l'audience du duc de Bourgogne de mars 1456, on lit "…et après se print à gogner à la dite fille et la gatillier et assaillir"
(gogno=louche ). Et puis comment interpréter, si l'on retenait l'hypothèse de cette origine, la présence de –mi- ou –gni- entre la racine et le suffixe –court ? Certes la syllabe –mi- peut venir du latin medius, milieu ; mi peut signifier au milieu de , à moitié, à demi ( exemples : midi=milieu du jour, mi-figue,
mi-raisin= à moitié figue, à moitié raisin, à mi-chemin= au milieu du chemin. De la même façon, la syllabe les/lez sert à indiquer la proximité, du latin latus=flanc, côté ( exemple : Dreuil-les-Amiens = Dreuil à côté d'Amiens ).
Quelle est donc l'origine de ce nom ? Le village tient-il son  nom d' un chef germanique Widehon qui aurait reçu en don la commune ? On sait qu'au Vème siècle après Jésus-Christ, bien après la civilisation gallo-romaine et l'avènement du christianisme – l'épisode du partage de son manteau par le futur saint  Martin, centurion d'une légion romaine date de 344 ou 354 - déferlent les invasions barbares. La commune de Guignicourt , dans le Sud de l'Aisne, non loin de Reims, et celle de Guignecourt , près de Beauvais dans l'Oise auraient la même origine. Dans un certain nombre de mots d'origine francique ou germanique, à l'initiale  g ou gu du français correspond en picard le son w consonne, prononcé comme dans les mots anglais with, war ou le français oui (exemples : gâteau= watau, watieu, lou-garou= leuwarou, gué= wé ou wez ) . Très souvent  les noms d'"hommes germaniques" désignent des fractions de domaines, des hameaux, des écarts, des lieux-dits. Le propriétaire du grand domaine, personnage souvent devenu évêque, trouvait bon d'installer sur ses terres des "barbares" chargés de sa sécurité et de sa protection . Il ne faut pas oublier que ce n'est que par le décret du 2 juin 1960 que la Picardie a été définie comme région par la réunion des trois départements de l'Aisne, de l'Oise et de la Somme . Les départements eux, datent de 1790. Mais le peuple picard existait depuis longtemps ; on a parlé de Picards bien avant de parler de la Picardie ; c'est la langue qui apparaît surtout le trait fondamental de la réalité picarde .
S'agit-il d'un lieu où l'on peut se procurer de la nourriture , ( francique *waidanjan de la famille de l'allemand Weide=pâturage, weiden=paître ) ?
Quels mots ont pu donner naissance à GUIGNEMICOURT ?

1-e latin vagina= la balle de blé, l'enveloppe du grain : le gainier est devenu un terme de métier : le fabricant de graines, étuis, fourreaux ; GUIGNEMICOURT pourrait être le domaine des épis de blé
2-le latin vafer signifie rusé, habile ; la "guile" est la tromperie, la supercherie, la fraude, la ruse ; GUIGNEMICOURT pourrait être le pays de la ruse
3-les mots latins vaco, vastus expriment l'idée de vide (vacuité ) et ont donné le gué qui signifie peu fertile ou à peu près inculte
4-le nom propre GUY est un nom de personne d'origine germanique (Wid=bois); GUIMAN-, WIGMAN- ( wig=combat ) pourraient signifier ou  l'homme des bois ou l'homme des combats

GALAMAN est un nom de personne d'origine germanique   (galan=chanter, man=homme); l'écriture primitive serait "galaminiaca-cortis"
WINIMAN serait un nom germanique ; winiman+iacum+cortem= l'ancien nom du village

Quelles certitudes peut-on avoir ? L'origine germanique et la signification de –court , la prononciation picarde : "djimikour" et la prononciation française "guinyeumikour" d'après Prononciation et étymologie des noms de lieux habités de la Somme de René Debrie (1974).

Les biens les plus anciens que l'Université des chapelains possédait à GUIGNEMICOURT  remontent à la fin du XVème siècle  : le 8 mai 1432, Guillaume Deslignière, verrier, demeurant à Amiens et Marguerite Polecque, sa femme vendent à leur communauté "ung fief de noble tènement qui se comprend en mazure à présent amazée de maison manable ( logeable, de manere, mansio, manoir, etc… ) granges, étables, coulombiers, court, gardin, lieu pourpris et tènement séant à Gaignemicort" le tout tenu de Charles de Grébauval, écuyer, seigneur du lieu. Dépendaient de ce fief 48 journaux de terres labourables en une pièce. Huit d'entre eux devaient au seigneur de Guignemicourt rente, mais seulement les années où ils rapportaient . Les Chapelains procèdent  à deux autres acquisitions, l'une le 2 janvier 1493, des biens tenus du noble homme messire Philippe de Berry, seigneur du Hamel, du Metz et d'Ailly, la troisième le 16 novembre 1502, du dit Charles de Grébauval. Mais des difficultés surgissent entre chapelains et seigneur local au sujet de ces acquisitions et une sentence du bailliage d'Amiens du 23 juillet 1521  condamne les  Chapelains à vendre leurs fiefs, maison et terre de Guignemicourt relevant de Robert d'Ailly.
Pour tourner la difficulté les Chapelains usèrent de l'expédient que voici : le 3 juillet 1522, ils firent à Jean Carré, prêtre et chapelain, moyennant 1400 livres une vente simulée des fief et terrains en litige. L'Université obtint saisine du bailli de Guignemicourt en 1555.
Plus tard, c'est-à-dire le 21 mai 1775,  les  Chapelains dûment autorisés par arrêt du conseil et par lettres patentes, baillèrent à messire Louis Pierre Pingré, chevalier, seigneur de Guignemicourt toutes les mouvances encensives de leur fief. Pour tenir lieu à l'Université du revenu qu'elle cède en arrière-fief le sieur Pingré "promet et s'oblige de payer annuellement, à la Saint-André, dans les greniers de l'Université franchement, 26 setiers de blé, mesure d'Amiens, sans pouvoir être admis à déguerpir".
Le bien non aliéné des Chapelains à Guignemicourt se composait en 1730, d'une masure et de 102 journaux de terre affermés 9 muids 12 setiers de blé qui équivalaient à 365 livres 8 sols. Le fief de Guignemicourt  consistant en terre et cens avait été amorti en 1496.
De la bouche de plusieurs personnes, j'ai entendu que nous habitions "che kapplin" ! c'est-à-dire chez les chapelains  : la parcelle de terre sur laquelle nous avons fait construire notre maison était considérée comme le " jardin" du château .

LES GUERRES EN PICARDIE

1337-1475  Guerre de Cent ans Trêve de Picquigny 1475

    • Guerre entre la Maison de France et les Impériaux puis l'Espagne

1594-1598  Guerre civile des Ligueurs soutenus par l'Espagne contre le roi Henri IV

    • Guerre dite de "Trente Ans" avec la prise de Corbie

Règne de Louis XIV 1643-1715  Séjour et passage des troupes avec réquisitions et pillages
Printemps 1814 Invasion des troupes prussiennes et cosaques
1870-1871  Guerre contre la Prusse avec opérations et occupation
1914-1918  Grande Guerre ( opérations locales en 1914, 1916 et 1918 )

    • Seconde Guerre Mondiale  Opérations "éclair" en mai-juin 1940

 

GENEALOGIE DES ROIS  de  France jusqu'à la Guerre de Cent Ans

Philippe Auguste, fils de Louis VII reçoit le Comté d'Amiens en 1184 . Il règne  de  1180 à 1223
Louis VIII le Lion 1223-1226
Louis IX ou Saint Louis 1226-1270
Philippe IV le Hardi 1270-1285
Philippe IV le Bel 1285-1314
Ses trois fils règnent successivement : Louis X le Hutin 1314-1316, Philippe V le Long 1316-1322 et Charles IV le Bel 1322-1328  qui est le dernier des rois Capétiens directs .

LES CONFLITS AVEC LES ANGLAIS  LA GUERRE DE CENT ANS

Terre de passage d'Est en Ouest, province romaine conquise par Jules César, terre de pillage et de désolation envahie par les Barbares venus de Normandie ou de Germanie, la Picardie a du mal à garder ses monuments et ses sites ; même si les limites de la province sont à l'origine imprécises, le Comté d'Amiens peut s'enorgueillir d'avoir accueilli de nombreux rois depuis sa cession en 1184  au roi de  France Philippe Auguste . Le magnifique "son et lumière " Terre Picarde , chaque année à Ailly-sur-Noye permet de comprendre l'histoire de la région ; on peut penser que l'histoire de la commune de GUIGNEMICOURT  commence sous le roi Philippe Auguste ; la dignité royale primant sur tout autre, les vidames de Picquigny, dont dépend GUIGNEMICOURT ,  tributaires de l'abbaye de Corbie, agissent sous l'autorité du roi. Nul doute que GUIGNEMICOURT  a subi les effets de la guerre de Cent ans ; peut-être même certains des habitants furent-ils des archers ou des arbalétriers requis pour suivre le roi Philippe de Valois, Philippe VI. Il est le fils du frère de Philippe le Bel, Charles de Valois et c'est lui que les seigneurs français ont choisi comme roi à la place d'Edouard III d'Angleterre, fils d'Isabelle , sœur de Charles IV le Bel mort sans héritier . Le mercredi 12 juillet 1346, ce roi Edouard III débarque à Saint-Vaast-La-Hougue, suit l'itinéraire Caen, Poissy, Beauvais, Saint-Just, Grandvilliers, Poix, Airaines  et traverse le gué, monnayé à prix d'or,  à Abbeville ; le roi connaît la région du Ponthieu, fief de sa mère Isabelle ; il y a passé une partie de sa jeunesse ; le 26 août, c'est la terrible déroute de Crécy-en-Ponthieu ; le roi Philippe VI se réfugie à Amiens ; pendant de nombreuses années, la Picardie, l'Artois, le Vermandois sont ravagés par la guerre qu'entraînent les successions des rois et leurs rivalités .            Le 17 juillet 1384, le roi Charles VI épouse en la cathédrale d'Amiens Isabeau de Bavière ; elle a 14 ans , lui 17 ; il a été sacré roi à l'âge de 12 ans ; le 13 août 1415, c'est la sanglante bataille d'Azincourt  dont les conséquences furent désastreuses  ; on peut noter pour l'homonymie avec l'actuel maire de la commune, Francis Dimpre, le dévouement de Jean Dimpre, parti comme otage à Londres avec Pierre de Coquerel en attendant le paiement d'une rançon exigée par l'Angleterre . Amiens prend parti pour les Bourguignons contre le futur Charles VII ; en conséquence la ville est livrée aux Anglais .
Jeanne d'Arc est la plus grande héroïne du Moyen Age et de la guerre de Cent ans . et c'est en Picardie  qu'elle connaît diverses prisons pendant sept mois après sa capture à Compiègne le 23 mai 1430 : près de Noyon, à Beaurevoir et au Crotoy ; avec la silhouette de Jeanne disparaît ou à peu près la guerre de Cent Ans en Picardie .

LES CONFLITS AVEC LES ESPAGNOLS LES GUERRES DE RELIGION ET LA GUERRE DE TRENTE ANS

            Henri IV réunit les Français déchirés par les guerres de religion, dans une lutte commune contre l'Espagne qui prend fin en 1598 avec le traité de Vervins conclu entre le roi de France  et le roi d'Espagne . N'oublions pas que Calvin est né à Noyon et que le parti huguenot se rencontre surtout parmi les seigneurs ; ce sont des seigneurs picards qui fournissent à Paris des victimes de la Saint- Barthélémy le 24 août 1572 . La conversion de Henri IV fit évoluer les conflits ; il entre à Abbeville, puis à Amiens en 1597 . C'est le temps de ses amours avec  Gabrielle d'Estrées.
Sous couleur de défendre le catholicisme, l'Espagne a la prétention d'étendre son hégémonie sur l'Europe ; c'est la guerre de Trente Ans ( 1618-1648). La prise de Corbie le 14 novembre 1636 valut à Amiens d'accueillir le roi Louis XIII et Richelieu ; c'est à ce moment que se situe l'épisode de l'incendie du château de GUIGNEMICOURT  ; est-ce également à cette époque que se construit le souterrain dit des "chapelains "?"Seul le souterrain fait pénétrer dans les transes de tant de générations…Seul il a échappé à la destruction de la guerre . Seul aussi , il n'a pas eu à être modifié selon les progrès de l'armement et les nouvelles façons de se battre . On l'a prolongé, ramifié ; on ne l'a ni supprimé, ni changé ; il a , sur tout autre témoin des luttes, l'avantage que l'histoire s'y renouvelle sans s'y détruire …Il ne participe à rien d'autre qu'à la vie des mauvais jours ; sa destination est unique Aussi ne saurait-on trouver de plus authentique musée de l'angoisse humaine. " Plusieurs personnes attestent de l'existence de souterrains dans les caves des maisons de la rue des Tilleuls ou sous la rue elle-même . Le souterrain des "chapelains" est signalé  dans plusieurs chroniques anciennes ; à quelque distance d'Amiens, on ne connaît que les "muches" de Naours, enchevêtrement de galeries, de chambres taillées dans la roche ; c'est un témoignage de refuges ou d'issues de secours comme a pu l'être le souterrain dit des "chapelains ".   Le 15 août 1637, Louis XIII a voué son royaume à la Vierge en l'église des Minimes à Abbeville . La dévotion particulière à la Vierge en Picardie ( Notre-Dame d'Amiens, La Vierge de Nampty, Notre-Dame de Brebières …)sert peut-être aussi à éclairer l'appellation de certains lieux-dits.

LES CONFLITS AVEC LES PRUSSIENS ET LES ALLEMANDS  LA GUERRE DE 1870 LA PREMIERE GUERRE MONDIALE  LA SECONDE GUERRE MONDIALE

LA GUERRE DE 1870 a été un désastre pour GUIGNEMICOURT  . Le 17 juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse . Le premier ministre Emile Ollivier dit en accepter la responsabilité "d'un cœur léger". Il ne manque pas un bouton de guêtre aux soldats. Deux mois plus tard, l'armée est battue, le pays envahi, le Second Empire a vécu. Le 27 novembre, ce qu'on appelle la bataille d'Amiens forçait les Français à reculer et laissait la ville aux Prussiens qu'ils occupent jusqu'en juillet 1871: la ligne allait droit de Dury à Boves et Gentelles puis s'incurvait sur Cachy et Villers-Bretonneux. Les rapports ennemis attestent l'acharnement de la lutte. Puis vint Faidherbe avec deux corps d'armée ( 22è et 23è) et la bataille de l'Hallue ( 23 décembre ). On peut noter que les combattants français disposaient d'un fusil plus performant  que celui de leurs adversaires , le célèbre fusil Chassepot ; resté en service sept ans seulement, de 1867 à 1874, il est pourtant dans les mémoires, non seulement parce qu'il fut l'arme de l'infanterie française durant les combats franco-prussiens, mais parce qu'il est le premier fusil "moderne"; est-il dû à un ancêtre du marquis de Chassepot de Pissy, domicilié à Pissy, commune voisine de GUIGNEMICOURT ? Le 28 janvier 1871, la France signe l'armistice : la paix coûte à la France l'Alsace et le tiers de la Lorraine . La commune a enregistré six décès en 1870 et cinq en 1871, mais aucun n'est lié directement à la guerre. L'occupation prussienne a entraîné de nombreux dommages pour la population: dégâts causés aux logements, vols de nourriture, dommages divers et la population remercie le marquis de Landreville de sa générosité ainsi que le maire Eutrope Lefebvre qui ont assumé de leurs propres deniers , soit par don  soit par prêts, la contribution de guerre qui s'élève à 1820 francs.

Elle est terrible en Picardie, surtout en 1916 avec la bataille de la Somme et en mars-avril-mai 1918 lors de l'ultime offensive des Allemands qui menacent Amiens .L'expérience de guerre est très difficilement communicable à ceux qui ne l'ont pas vécue ; de nombreux aspects de la guerre 14-18 relèvent de l'indicible; les hommes, les "poilus", parce qu'ils vivent dans la boue et la poussière, "une immonde bouillie brune où tout s'enfonce" (Pierre Loti ) renoncent à se raser, sont rongés par les poux, ont pour compagnons des rats, vivent ce qui ressemble à un enfer ; mourir sur le champ de bataille " pour la France", c'est souvent mourir de ses blessures, sans secours, comme un chien, dans une solitude et une peur atroces . GUIGNEMICOURT paie un lourd tribut à la guerre, par le décès de quinze jeunes gens, mais aussi car la commune sert de cantonnement aux soldats ; plusieurs cartes postales signalent la présence en 1916  de soldats logés   dans la commune : en 1921, la mairie délibère sur les dégâts occasionnés par le cantonnement et les indemnités à solliciter comme "dommages de guerre" ; la ferme des Henry a été incendiée ( actuellement, 1, rue du Vieil Orme ) ; de plus, la perte d'un grand nombre de jeunes gens réduit la clique des pompiers à 15, alors que le nombre réglementaire s'élève à 20.

LA GUERRE  1939-1945

Si l'on peut se réjouir qu'aucune victime n'est à déplorer parmi les habitants de GUIGNEMICOURT , en revanche la commune a subi de plein fouet les horreurs de la guerre, évacuations à plusieurs reprises des civils, bombardements, combats …du 26 mai au 4 juin 1940, comme le signale l'inscription sur le monument aux morts.
Le 26, assaut des divisions légères anglaises et françaises. Lourdes pertes en chars vers la route de Rouen ( 65 détruits, 55 endommagés )
Le 28, attaque de la 4ème division cuirassée du Général de Gaulle ( 20000 hommes ). Progrès notables, confirmés le 29
Le30, nouveaux essais, arrêtés net. A la suite de pertes très élevées, la 4ème D.C.R se replie dans le Beauvaisis. Deux divisions blindées la remplacent et attaquent le 4 juin.

Madame Brandicourt , née à GUIGNEMICOURT  le  15 août 1924,dans l'actuelle  rue des Tilleuls au numéro 30 est la petite-fille de Raymond Diette , qui fut maître d'école à GUIGNEMICOURT .Elle n'a pas de souvenirs de son grand-père décédé en 1922 . mais son enfance a été marquée par la guerre où les batailles ont fait rage : le village de Briquemesnil a été totalement détruit ; elle raconte qu'elle a dû  quitter à deux reprises la maison de ses parents pour aller dormir une première fois à Fluy, une deuxième fois à Liomer, puis ensuite elle a été évacuée en Normandie . Son papa a été fait prisonnier en Silésie pendant quatre ans où il a souffert du froid; mais la guerre lui  a permis de rencontrer son époux, Fernand  ; ils sont à peine mariés le 26 novembre 1947, par le maire Paul Riquier et, à l'église, par un prêtre de la famille que son époux est rappelé au service, heureusement pas pour longtemps !

Christiane Nicolaÿ, née Margry, a été évacuée le 19 mai 1940  pendant un mois ! René Henry, lui, arrivé à GUIGNEMICOURT, à l'âge de quatre ans, en 1920, dans l'ancienne ferme incendiée durant la Grande Guerre et restaurée par les Poiret, a combattu en Syrie . Denis Nicolaÿ évoque les énormes charges de travail à la ferme de sa maman, alors que son papa était à la guerre . Alice Poiret a été également évacuée et raconte que sa belle-mère qui avait refusé de partir a été contrainte d'héberger des Allemands. On me signale le lancer de pigeons voyageurs avec des messages entre GUIGNEMICOURT  et Bovelles, qu'un camion allemand a brûlé à l'entrée de la commune et que les hommes plantaient des "asperges à Rommel"

énormes pics de bois, pour empêcher les planeurs d'atterrir ; il faut signaler aussi que dans le bois de Bovelles se trouvait une rampe de lancement de fusées V1 installée par les Allemands et que le colonel Lambert a eu fort à faire , à la tête du 21ème régiment d'infanterie .

Les Guignemicourtois  confirment, les uns et les autres, la présence de deux ormes autour du calvaire, repères sur les cartes militaires ; ils signalent aussi l'enterrement provisoire, à côté de l'église, d'une quinzaine de soldats tués, déplacés ensuite   au cimetière allemand de  Bourdon